Le ou la covid 19 ? Confinement, quarantaine et quatorzaine


Les mots façonnent la réalité autant qu’ils la décrivent. Tout commence par une maladie : le covid 19 ou la covid 19, qui met d’emblée l’usager dans une situation d’insécurité linguistique, source de malaise ou de mal être. L’hésitation vient de la confusion existant entre la dénomination du virus (le « SARS-CoV-2 »), au masculin, et celle de la maladie, « disease » (la covid 19), au féminin.

 

Covid 19 est l’acronyme de l’anglais « co(rona)vi(rus) d(isease) (20)19 ». L’acronyme étranger (comme le sigle étranger) prend généralement le genre qu’aurait en français le mot de base qui le compose. Dans « maladie à coronavirus 2019 », c’est le mot de base maladie (disease), féminin, qui donne le genre à l’acronyme (comme le bureau dans le FBI, Federal Bureau of Investigation ; ou la société dans la SABAM, la Société d’Auteurs Belge Belgische Auteurs Maatschappij). C’est donc la maladie covid 19 ou la covid 19. Pourquoi 19 ? Parce que ce syndrome a été identifié en décembre 2019. Au Québec, les deux genres coexistent dans l’usage. L’Académie française recommande le genre féminin.

 

Coronavirus est le terme communément employé pour désigner un virus à couronne. Le terme scientifique est « SARS-CoV-2 ». Adapté à la syntaxe française, l’acronyme SARS devient SRAS, équivalant à « SyndromeRespiratoire Aigu Sévère ».

 

Confinement

La maladie covid 19 a entraîné le confinement de la population belge. Au XVesiècle (1477), le verbe confiner réalise l’idée de « forcer quelqu’un à rester dans un espace limité ». Le nom confinement participe surtout de l’idée d’« enfermement », au XVIe siècle (1579), dans le contexte pénal d’emprisonnement ; au XIXesiècle, dans celui d’isolement d’un prisonnier. La « peine de l’isolement » était fréquente aux États-Unis à cette époque. « Le confinement dans une forteresse, de l’homme convaincu de tant de désordres » (Gobineau, 1874).

 

D’où, vivre confiné chez soi, c’est « vivre enfermé dans les limites de son domicile ». Confiné et confinement appartiennent à la famille de confins, qui désigne les « parties d’un territoire situées à son extrémité, à sa frontière ». L’Alsace est aux confins de l’Allemagne et de la SuisseLa Belgique confine à la France, selon l’Académie française. On entend aussi avec la France.

 

Quarantaine

Ceux qui vivent confinés chez eux se sentent mis en quarantaineQuarante est le chiffre de l’attente : les quarante jours du Déluge pendant lesquels la pluie ne cessa de tomber ; les quarante jours que passa Moïse sur le mont Sinaï, où il reçut le Décalogue inscrit sur des tables de pierre appelées « Tables de la Loi ». D’où, la quarantaine : « un délai de quarante jours ». L’attente encore. Les quarante jours du carême, en attente de Pâques, rappellent les quarante jours pendant lesquels Jésus s’est retiré dans le désert. Et l’Ascension a lieu quarante jours après Pâques.

 

Depuis le XVIIesiècle (1635), le mot quarantaine s’applique à la « période d’isolement (de quarante jours à l’origine) imposée aux personnes, aux animaux ou aux choses atteints ou contaminés par une maladie contagieuse ou susceptibles de l’être, en vue d’éviter la propagation d’une épidémie ». Montherlant l’emploie de façon métaphorique : « Huit jours pendant lesquels je n’ai pas ouvert votre enveloppe : c’est une petite quarantaine que je fais subir à toutes les lettres de femmes, après quoi elles ont chance de n’être plus contagieuses ».

 

Quatorzaine

Le mot quinzaine est courant pour indiquer un nombre de jours, le mot quatorzaine ne l’est pas. Il est même absent des dictionnaires contemporains. Aux XVIIIeet XIXesiècles, il fut employé dans la langue juridique au sens d’« espace de quatorze jours qui s’observait de l’une à l’autre des quatre criées des biens saisis réellement ». « Les criées se faisaient par quatre dimanches de quatorzaine en quatorzaine » (Dictionnaire de l’Académie française, 1835 et 1878). Qualifié de vieux, le mot quatorzaine reprend vigueur avec un sens nouveau. Ce néologisme sémantique s’applique à la « longueur du confinement des ressortissants anglais rentrant au Royaume-Uni », puis, au « confinement de quatorze jours, quel que soit le pays ».

 

Après la quatorzaine, la quarantaine ou le confinement vient le déconfinement, mot que souligne en rouge le correcteur automatique de nos logiciels de traitement de texte. C’est un néologisme, en effet. Craignant sans doute de voir s’implanter dans l’usage l’anglais lockdown, les Québécois ont tout de suite proposé déconfinement et l’ont installé dans leur Grand dictionnaire terminologique. Forgé correctement par rapport à confinement, ce mot désigne la « levée progressive des restrictions dues au confinement ». L’élément -, très productif, vient du préfixe latin de-, qui indique l’éloignement, la séparation. Il sert de préfixe négatif (déballerdécontracter), très utilisé par les enfants (faire « démourir » un animal).

 

« La connaissance des mots conduit à la connaissance de choses » (Platon).

 

Michèle Lenoble-Pinson

 

In Nouvelles de Flandre, n° 98, octobre-décembre 2020, p. 20.

 

 


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